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"Face aux crises, une solution : la conversion écologique et sociale de notre société"

Billets / Tribunes

| Par Bruno REBELLE | Mercredi 23 Janvier 2013 à 07:15 | 0 commentaire

Invité à La Matinale de Radio Campus, radio associative étudiante et indépendante, pour répondre aux questions des animateurs de l'émission a propos du Débat national sur la transition énergétique, j'ai eu le plaisir d'être accueilli par le talentueux auteur de la chronique « Vert et revers » : Barnabé Binctin. Je souhaitais partager cette chronique, que Barnabé présente lui même comme "la seule chronique very véritablement verte de la radio française". Une belle mise en regard de l'Europe et de l'écologie. Rafraichissant !


Radio Campus : Voeux européens et écologiques de Barnabé Binctin
La grande nouvelle en ce début d’année, c’est que 2012 ne fut finalement pas l’année de la fin de notre monde. Et la bonne, c’est que ce n’est pas une raison pour se priver d’en penser un autre, de monde. Un peu à l’image du dernier livre d’Hervé Kempf, sorti le 3 janvier dernier, qu’il a intitulé Fin de l’occident, naissance du monde. C’est pourquoi la bonne résolution 2013 de « Vert et revers » est de ne pas se résoudre, en gardant sa dimension critique et optimiste de remise en cause.
On le sait, chaque année qui commence se tourne toujours un peu, paradoxalement, vers le passé, en révélant de nouveaux anniversaires de l’Histoire, en annonçant de nouvelles bougies mémoriales à souffler. Autant les anticiper donc, et spécialement pour vous, j’ai fait ma sélection, tout en décimale :

Ainsi, 2013 sera l’année des 10 ans de la fameuse canicule, l’année des 20 ans de l’entrée en vigueur du Traité de Maastricht, l’année des 30 ans de… la victoire de Noah à Roland-Garros – bon OK, ça, c’était surtout pour faire diversion et oublier que 1983 était aussi le tournant de la rigueur pour la gauche au pouvoir, une bougie qu’on se passerait bien de souffler en ces temps actuels… 2013 sera l’année des 40 ans du premier choc pétrolier et, enfin, l’année des 50 ans du traité de l’Elysée, ce célèbre pacte d’amitié et de coopération franco-allemande qui fut moteur de la construction européenne. Ce n’est pas exhaustif, bien sûr, on aurait pu faire d’autres choix d’anniversaire, certes, mais il y a avec ceux-ci de beaux cadeaux conceptuels et un héritage historique à méditer.

A travers ces commémorations, 2013 célèbrera deux prises de conscience fondamentales de la deuxième moitié du XXème siècle : celle de l’Europe et celle de notre environnement. Les Traités de Maastricht & de l’Elysée marquent l’avènement d’une véritable identité européenne, tandis que canicule & choc pétrolier rappellent l’émergence de l’écologie comme objet politique par la preuve de la limitation des ressources naturelles ou celle du dérèglement climatique. 2013 est donc l’occasion de rétablir le rapport de convenance entre Europe et Ecologie, de montrer que l’un n’avance pas sans l’autre, et vice versa.
De la même manière que la construction européenne a remis en ordre de marche des territoires et des peuples ravagés par la guerre, le projet écologiste doit faire sortir la zone Euro de l’enlisement dans la crise économique et dans la récession sociale. L’Union européenne a quelques réussites humaines et éducatives à son compte, avec les programmes Erasmus ou son petit frère, le programme Leonardo, qui permet l’échange dans toute l’Europe de jeunes en formation professionnelle. A quand un programme Magellan – ou que sais-je ? – pour aller découvrir et partager toutes les initiatives locales à but écolo qui foisonnent sur le sol européen ?

Le 50ème anniversaire du Traité de l’Elysée mettra très probablement en avant les relations commerciales pérennes entre la France & l’Allemagne – 168 milliards d’euro d’échange en 2011, tout de même ! – et la réussite de fleurons industriels tels qu’AIRBUS. N’est-il pas temps de profiter de la coopération économique entre ces deux nations pour orienter l’investissement dans la recherche et le développement des énergies renouvelables au sein de l’Union Européenne ?

Le grand débat sur la transition énergétique qui s’installe en France est évidemment au cœur de ce projet de transformation écolo européen. A suivre...

Pour écouter l'émission
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Bruno REBELLE

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Billets / Tribunes

| Par Bruno REBELLE | Mercredi 2 Janvier 2013 à 13:32 | 0 commentaire

Le ton est donné : l’année 2013 va être difficile ! Les dirigeants européens le répètent avec insistance : la crise perdure ; les entreprises souffrent ; le baril de pétrole s’installe à plus de 100 dollars ; la précarité énergétique progresse ; la dégradation de la biodiversité ne connaît pas de répit ; la pauvreté ne fait que s’aggraver. Conséquence directe ou indirecte, le repli sur soi, la violence et les conflits s’exacerbent. Le constat est dur à l’aube de cette nouvelle année… Mais y-a-t-il du nouveau dans cette description peu reluisante de l’état de notre monde ? Pas vraiment. Cette permanence des constats ne cache-t-elle pas - de plus en plus mal d’ailleurs - le manque de courage des décideurs politiques à engager les changements nécessaires pour faire évoluer notre modèle de société ?


En 2012, la majorité des françaises et des français ont soutenu la promesse qui nous était faite « Le changement, c’est maintenant »… même si le sens de ce changement n’était pas précisément défini. Il y a eu ensuite les engagements de la conférence sociale puis ceux de la conférence environnementale. Des chantiers ont été ouverts. Celui de la transition énergétique n’est pas le moindre. Le débat qui s’est progressivement organisé à la fin de l’année dernière va nous faire entrer rapidement dans le vif des questions qui s’imposent à nous : Quelle est la réalité de nos besoins en énergie ? Comment évolueront nos modes de vie ? Comment nous déplacerons-nous ? Quelles solutions de production énergétique seront-nous prêts à soutenir en connaissance des avantages et des inconvénients de chacune des options proposées ?


2013 - Rêve de transition !
Si la mise en route de ce débat est apparue laborieuse, nous devons noter que les éditoriaux de la fin de l’année ont fait une place progressivement croissante à la nécessité de cette transition et à son potentiel bénéfice pour la société et pour l’économie. Conjointement, des questionnements de plus en plus précis ont été exprimés à l’égard des fondamentaux historiques de notre politique énergétique. Certes, les faits encouragent ces interrogations : dérapage des coûts de l’EPR de Flamanville qui passent de 3,2 à 8,5 milliards ; problèmes récurrents de fiabilité de la sûreté des centrales nucléaires révélées par l’accident de Fukushima ; impacts environnementaux de l’exploitation des gaz de schistes aux Etats Unis et rentabilité biaisée de cette exploitation largement subventionnée ; remise en cause de l’intérêt intrinsèque de certaines infrastructures programmées il y a plusieurs décennies…

On se prend donc à rêver que le changement serait effectivement possible, que nous serions en passe de nous libérer du carcan des idées reçues et de la propagande que nous avons tous subit depuis des années, et dont le seul objet était de justifier une politique énergétique dessinée autoritairement au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Il semble bien qu’au plus haut de l’Etat, que dans les grandes entreprises, et dans les collectivités territoriales on admette aujourd’hui que cette politique DOIT changer.

Rêvons donc que le grand débat national sur la transition énergétique ouvre la possibilité d’un changement radical en la matière. Rêvons qu’il soit possible de raisonner d’abord nos besoins en énergie pour, ensuite seulement, imaginer les solutions techniques pour couvrir ces besoins. Rêvons qu’il devienne acceptable de sortir du système hyper-centralisé dans lequel nous sommes encore coincés. Rêvons que déconcentration, diversification et décentralisation s’imposent comme les maîtres mots d’une nouvelle politique énergétique, plus soutenable, plus solidaire, plus efficace. Rêvons que nous puissions nous rassembler autour des enjeux communs : sécurité d’approvisionnement énergétique, coût de l’énergie pour les usagers – entreprises, collectivités ou particuliers ; réduction du déficit commercial – dont les importations d’énergie sont responsables à 85% ; prise en compte des enjeux environnementaux du local au global... Rêvons enfin que nous sachions construire ensemble les solutions qui nous permettront de tirer tous les bénéfices de cette transition énergétique.

Ayant rêvé l’avenir pour ne pas avoir à le subir, nous pourrons alors encourager nos décideurs à mettre en œuvre ces changements et leur demander de faire enfin preuve de courage, car sans courage, il n’y aura pas de changement !

Bruno REBELLE

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Billets / Tribunes

| Par Bruno REBELLE | Lundi 17 Décembre 2012 à 16:34 | 0 commentaire

La 2ème réunion du Conseil national du débat sur la transition énergétique qui s’est tenue le 13 décembre a permis d’apporter des précisions importantes sur les règles de conduite du débat. Mathieu Orphelin représentant la Fondation Nicolas Hulot l’a souligné : « Les choses avancent et nous en sommes satisfaits ! ». D’autres, en revanche, déclarent leur impatience d’entrer dans le « vif du sujet ». Je pense, pour ma part, que nous sommes déjà dans le débat. Les discussions compliquées sur la gouvernance ou le calendrier des travaux, ne sont en fait qu’une première illustration des confrontations de positions qui se préparent.
Deux faits alimentent cette observation.


Le débat sur la liste des experts.

Un groupe d’experts (composé d’une quarantaine de personnes : économistes, énergéticiens, climatologues et juristes) a été constitué pour répondre aux questions techniques formulées par le Conseil National du débat (CNDTE). Ce groupe devra, dans un premier temps, proposer une analyse rigoureuse des scénarios de transition énergétique disponibles et présenter deux ou trois visions différentes de ce que pourrait être l’avenir énergétique de notre pays.
Le Conseil a progressé en admettant qu’un expert neutre n’existe pas. Comme chacun d’entre nous, un expert est en effet emprunt d’une formation, d’une culture, d’une histoire, et d’un parcours qui oriente nécessairement ses perceptions et ses références. Dès lors, plutôt que de parler de neutralité, le CNDTE cherche à constituer une liste « équilibrée ».
Chacun fait alors ses propres calculs en recensant les experts proches de ses positions. Bien évidemment le comptage de la CGT, reste éloigné de celui que fait le Réseau pour la Transition Energétique, RTE nouveau nom en forme de clin d’œil du Comité de liaison des énergies renouvelables. Ces comptes d’apothicaires démontrent les craintes de ceux qui redoutent des analyses biaisées et les inquiétudes des autres qui attendent que leurs intérêts spécifiques ne soient pas oubliés. Mais ces polémiques ne nous mènerons pas très loin. D’une part, il nous faut faire confiance aux capacités d’analyse du Conseil national du débat. En effet, si cette assemblée ne peut rentrer dans le détail de l’analyse technique, gageons qu’elle saura repérer les incohérences, les jugements biaisés et les raccourcis fâcheux et qu’elle renverra les experts à leur copie s’ils fournissent un travail « orienté ». D’autre part, s’il est nécessaire de se border sur les mérites technologiques et économiques de telle ou telle option, il serait tout aussi important de s’intéresser à la sociologie du changement et aux ressorts psychologiques qui devront être activés pour encourager ce changement.
Plutôt que de compter les experts pro ou antinucléaires faisons donc plus de place aux sociologues. Car pour convaincre les françaises et les français que la transition énergétique est non seulement nécessaire mais qu’elle est souhaitable et qu’elle leur sera profitable, il va falloir comprendre ces ressorts du changement et saisir les logiques les plus adaptées pour les promouvoir.

Jeux d’acteurs
Le groupe de contact des entreprises de l’énergie
L’autre illustration de ce « débat avant le débat » concerne les difficultés rencontrées pour préciser les contours du « groupe de contact des entreprises de l’énergie ». L’instauration de ce groupe, en complément de la représentation des entreprises au Conseil national du débat sur la transition énergétique, a été demandée avec insistance par le MEDEF dès la clôture de la Conférence environnementale des 14 et 15 septembre. Depuis, les représentants des entreprises cherchent à configurer un dispositif qui réponde aux attentes de leurs mandants. L’objectif semble bien difficile à atteindre.
La proposition la plus judicieuse serait, il me semble, de ne mettre dans ce « groupe de contact » que les entreprises qui ont une responsabilité directe dans la fourniture des services de l’énergie aux consommateurs, qu’ils soient des particuliers, des institutions ou des entreprises. Ce groupe aurait alors deux composantes : d’un côté les producteurs, transporteurs, distributeurs, fournisseurs et stockeurs d’énergie ; de l’autre, les acteurs engagés dans la production d’équipement et de services contribuant à la maîtrise des consommations d’énergie par la sobriété ou l’efficacité. Ce groupe pourrait alors être sollicité pour commenter les propositions retenues par le Conseil national. Il aurait pour mission de dire ce qui est possible aujourd’hui, ce qui serait possible demain et qu’elles seraient les conséquences des propositions avancées en terme d’évolution de l’emploi, de besoin d’investissement et de prix des services de l’énergie rendu aux consommateurs.
Mon raisonnement est fondé sur une logique assez simple : ce sont ces entreprises là qui seront en première ligne pour mettre en œuvre la transition énergétique, c’est donc aussi à elles de dire comment elle peuvent concrétiser les ambitions collectives.
Mais cette proposition ne semble pas satisfaire le MEDEF qui souhaite, au contraire, mettre dans ce « groupe de contact » les entreprises qui produisent de l’énergie et celles qui en consomment… Dans cette approche, siègeraient ici toutes les entreprises ! Le MEDEF argumente ce choix en soulignant que l’énergie est stratégique pour toutes les entreprises et qu’il faut, absolument prendre en compte les plus grosses consommatrices (production d’aluminium, cimenterie, chimie,…). D’autres, dont je fais parti, voient dans cette argumentation une façon de peser sur le débat en présentant l’intérêt des entreprises comme un intérêt supérieur à celui des particuliers et plus généralement à celui de intérêt collectif qui intègre aussi les enjeux environnementaux, la solidarité sociale et la protection du pouvoir d’achat de tous.


Je vois derrière cette « tension » un réelle difficulté pour le MEDEF a proposé une représentation équilibrée des intérêts de tous ces membres. Une sorte de fracture apparaît dans le monde économique entre « les avantages pour tous et les inconvénients pour certains » de cette transition énergétique de plus en plus inéluctable. Les entreprises qui travaillent pour l’efficacité et la sobriété, celles qui développent des réseaux intelligents, celles qui font le pari des énergies renouvelables attendent de ce grand débat qu’il ouvre de nouvelles perspectives, qu’il montre que l’on peut accélérer les mutations pour une sortie par le haut de la triple crise – économique, sociale et écologique - qui mine notre société. Celles qui jusqu’à maintenant fournissaient de l’énergie sont confrontées par les incitations à la sobriété et à l’efficacité à un changement de paradigme qui deviendra de plus en plus réel avec le débat sur la transition énergétique.
On comprend mieux ainsi la difficulté du MEDEF à rassembler ces intérêts divergents. Pourtant, il faudra bien reconnaître ces attentes diverses pour les combiner dans le projet collectif que devra porter notre pays pour faire face aux enjeux incontournables auxquels nous sommes confrontés.

Sous-couvert de réglages des modes de fonctionnement, nous sommes bien entrés dans le débat… et c’est tant mieux.

Bruno REBELLE

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