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"Face aux crises, une solution : la conversion écologique et sociale de notre société"

Billets / Tribunes

| Par Bruno Rebelle | Mardi 2 Novembre 2010 à 12:04 | 0 commentaire
Tirer les leçons de la méthode du « Grenelle environnement »
Le sondage qui soulignent que les français plébiscitent à 92% la méthode du Grenelle vient à point nommé pour donner un joli coup de pouce à Borloo dans la négociation de son transfert de l’Hotel de Roquelaure à celui de Matignon…

Ce sondage m’amène à deux réflexions.

La première, pas très originale, pour dire qu’effectivement la méthode Grenelle a du bon au sens où cette architecture du débat à 5 composantes (l’Etat, les collectivités territoriales, les syndicat, le patronat et les associations) a effectivement repoussé les limites des échanges bilatéraux pratiqués classiquement . Elle a de fait conduit les acteurs à produire des recommandations dont certaines sont aujourd’hui traduites en dispositions règlementaires. Mais, la méthode – ou plutôt l’application de la méthode – a aussi connu des failles, la principale étant les délais qui se sont étirés entre la table ronde finale du processus de concertation – fin octobre 2007 –, l’adoption des textes de loi – juillet 2010 -, et leur traduction opérationnelle en décrets d’application dont la plupart restent encore à produire. Nous l’avions dit et redit, c’est dans ce délai prolongé que les lobbyistes de tout bord œuvreraient pour entamer les ambitions initiales du Grenelle… Je crains que les faits ne nous aient donné raison. Le résultat réglementaire et opérationnel est maigre par rapport aux résultats attendus fin octobre 2007. Cependant, ne boudons pas notre maigre plaisir, le processus aura permis des avancées réelles qu’aucun gouvernement, ni de droite, ni de gauche, n’avait su porter auparavant.

Ma deuxième remarque est en fait plus une interrogation. Si l’on admet que la méthode « Grenelle », certes perfectible a du bon, et si l’on reconnaît, par exemple, qu’elle permet de générer des accords entre les différentes parties prenantes du problématique donnée, voire de construire des consensus solides, on se demande bien pourquoi, le gouvernement n’a pas tirer les leçons de la méthode pour l’appliquer à d’autres problématiques sociétales très actuelles. On aurait par exemple pu faire revenir le Grenelle à ses origines et appliquer la méthode à la négociation d’un projet concerté de traitement de la problématique des retraites…

Voilà une feuille de route intéressante pour le possible futur premier ministre et futur ex ministre de l’écologie…!

Bruno Rebelle

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Billets / Tribunes

| Par Bruno Rebelle | Dimanche 31 Octobre 2010 à 10:38 | 0 commentaire

Je vous invite à lire et commenter la tribune que j'ai publiée sur lemonde.fr sur les dérapages incontrôlés du nuléaire.


Les sales coûts du nucléaire
Plusieurs informations récentes ont mis à jour les dérapages plutôt incontrôlés de grands projets de cette industrie nucléaire que le gouvernement présente régulièrement comme notre fleuron industriel, notre champion du monde.

On avait déjà compris depuis l'expérience désastreuse d'Areva en Finlande que l'EPR, nouveau réacteur nucléaire souvent présenté comme révolutionnaire, battait surtout des records de dépassement budgétaire et de retard de construction. Des 3 milliards d'euro annoncés au début de la construction en 2005, pour une mise en service fin 2010, on est passé brutalement à 6 milliards et une finition autour de 2012… Ce "glissement" serait, nous dit-on, "normal" pour une tête de série.

Aussi, à l'annonce de la construction d'un deuxième EPR, français celui-là, à Flamanville, le coût de ce réacteur a été à peine réajusté à 3,5 milliards. Notre fameux champion du monde, Areva, a par ailleurs balayé d'un revers de main les invitations à la prudence quand au calendrier de mise en service. L'argument avancé était assez simple : en France nous n'aurions pas à souffrir des exigences d'une autorité de sûreté finlandaise peu familière de la technologie sophistiquée proposée par l'EPR. Il n'aura pas fallut un an pour constater qu'en Normandie, comme en Finlande, les circuits budgétaires étaient glissants et que l'EPR de Flamanville, fût-il français, coûterait plutôt 5 à 6 milliards d'euro et qu'il faudrait bien sept ans, peut-être huit, pour le connecter au réseau, contrairement au calendrier ambitieux de cinq ans affiché auparavant. Soulignons au passage que l'autorité de sûreté nucléaire française s'est jointe à ses équivalents finlandais et britanniques pour demander une refonte complète de la conception de la sécurité du réacteur, considérant que le système de "contrôle-commande" n'était pas à la hauteur des enjeux. On ne sait pas encore ce que sera l'incidence de cette injonction en terme de surcoût et de retard additionnel.

Il est plus préoccupant encore de constater que personne ne s'inquiète vraiment, en tout cas pas officiellement, des délais de construction des lignes à très haute tension qu'il faudra construire pour évacuer les kWh qui seront produits "un jour" par cet EPR de Flamanville. Les observateurs informés disent qu'il faut près de dix ans, n'ont pas pour installer la ligne, mais pour en faire accepter le tracé. Il serait comique de constater qu'après 100 % de dépassement budgétaire et presque 50 % de dérapage du calendrier, l'EPR pourrait être contraint de retarder son entrée en service par absence de "tuyau" pour écouler sa production.

Voilà pour l'EPR, dont le président Sarkozy nous promettait par ailleurs qu'il fleurirait en Libye, aux Emirats et dans bien d'autres destinations… Les dérapages ne concerneraient donc pas que le budget de ce bijou industriel…

Plus récemment, nous avons également appris que le site de stockage de déchets nucléaires de haute activité et de vie longue, en cours d'étude sur le plateau de Bure en Haute-Marne, voyait son budget lui aussi revu à la hausse. La facture passe ici de 15 milliards à 35 milliards. Monsieur Proglio, nouveau pilote de la production électronucléaire française et, de facto, nouveau patron de la production de déchets radioactifs, à qui l'Agence national de gestion des déchets nucléaires (ANDRA) présente la note, goutte peu la plaisanterie. Et on peut le comprendre : voilà des coûts, jusque-là cachés, qui vont plomber l'équilibre économique de sa nouvelle boutique.

UNE ÉNERGIE PEU CHÈRE ?

D'autant qu'un "petit" hiatus reste encore à régler. La facture "corrigée" correspond à la construction du site de stockage et à sa gestion pour cent ans. Mais les déchets que le site est sensé accueillir sont actifs pour 27 000 ans et doivent donc être stockés et surveillés sur cette durée. Reste donc à calculer les coûts de maintenance pour la période de 26 900 années manquant à l'évaluation initiale… Pas simple, je l'avoue, de construire un tel plan de gestion ! Il n'est pas certain que tous les experts comptables réunis arrivent à définir la méthode acceptable sur une telle échelle de temps. Pourtant, le principe pollueur payeur qui fait partie intégrante des engagements du Grenelle de l'environnement devrait imposer cette rigueur de programmation budgétaire.

Toujours sur le territoire français, mais dans le Sud de la France, à Cadarache, le projet de recherche ITER de mise au point de la fusion nucléaire connaît lui aussi une inflation galopante. On passe de 6 à 16 milliards d'Euros. Vous noterez qu'ici les chercheurs et les politiques se sont bien gardés de donner une date de livraison pour les premiers résultats de ces recherches. Il est vrai que tenter de domestiquer la réaction qui fait briller le soleil est une sacré gageure… Mais justement, est-il bien nécessaire de reproduire cette réaction dont les bénéfices nous sont offerts tous les jours et sur toute la planète, gratuitement qui plus est !

Ces trois observations sur les dérives des prix des programmes nucléaires laissent penser qu'il serait temps de réévaluer le coût du kilowatt heure nucléaire. Si l'on faisait ce calcul sérieusement, en intégrant toutes les incertitudes, en capitalisant surtout sur ces expériences pas toutes glorieuses, il est probable que le dogme d'une énergie peu chère soit quelque peu ébranlé. En refaisant ces calculs on pourrait veiller à intégrer dans l'évaluation de ce coût toutes les "externalités négatives", y compris les frais générés par la sécurisation des mines d'uranium du nord du Niger, principal lieu d'extraction de l'uranium qui alimente les réacteurs nucléaire français.

En tout état de cause, avant d'engager le renouvellement à marche forcée du parc nucléaire français, comme le souhaite le président de la République, il y a urgence à marquer un temps d'arrêt pour refaire sérieusement nos comptes et vérifier que nos investissements énergétiques de demain seront sûrs, stabilisés et effectivement porteurs de sécurité pour l'avenir. Cette remise à jour des compteurs est le préalable incontournable à la refonte en profondeur de notre politique énergétique.
Bruno Rebelle, conseil en développement durable, ancien directeur de Greenpeace

Lemonde.fr - 26/10/10

Bruno Rebelle

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Billets / Tribunes

| Par Bruno Rebelle | Mardi 19 Octobre 2010 à 16:25 | 4 commentaires
Les MDD pas très DD !
En prolongement, de ma précédente interpellation à l’égard de la grande distribution, il me semble intéressant d’ouvrir le débat sur les MDD : les marques de distributeurs qui vont à l’encontre, me semble-t-il de nombreux principes du développement durable.

Les MDD se sont ces produits vendus par les grandes marques de distribution sous leur propre nom, mais qui sont en fait fabriqués par des entreprises qui ont progressivement abandonné leur marque initiale pour fournir les distributeurs. Ainsi, le consommateur qui hésite entre le yaourt de Carrefour, celui d’Auchan ou de Leclerc serait certainement surpris d’apprendre que ces trois produits sortent effectivement de la même usine, et parfois même de la même chaine de production… qui n’appartient ni à Carrefour, ni à Auchan, ni à Leclerc mais une entreprise spécialisée de longue date dans la transformation de produits laitiers.

Il n’est donc pas ici question de différentiation par la qualité mais bien de pratiques marketing qui visent avant toute chose à renforcer l’image de la marque du distributeur. Voilà donc notre consommateur, bercé au « consommer mieux » de Carrefour, rejoindre l’hypermarché Carrefour pour remplir son caddie de yaourt Carrefour, de pain Carrefour, de plats préparés Carrefour, de cahiers Carrefour, de jus d’orange Carrefour... Il aura même la possibilité de prendre son assurance Carrefour, de changer son téléphone pour passer chez Carrefour Mobile et de réserver son prochain spectacle au guichet Carrefour loisir. Heureusement, il pourra aussi acheter quelques mouchoirs jetables Carrefour pour pleurer devant tant de « carrefourisation » d’une vie guidée, voir formatée par la grande distribution.

Mais coté business, les produits MDD ont un autre effet pas moins pervers. La substitution progressive, mais quasiment irréversible de la marque du producteur initial, par la MDD rend ce producteur de plus en plus dépendant de la grande distribution. Nous savions déjà que les pratiques d’achat par les distributeurs étaient terribles : pression permanente sur les fournisseurs, négociations humiliantes pour les représentants des producteurs, refus d’accepter certains lots sans autre motif que de souligner la dépendance du producteur au distributeur, et bien sur des prix toujours tirés vers le bas ! La suprématie des MDD vient tordre encore le rapport de force au bénéfice du distributeur. Puisque la « marque » du produit est le seul élément de reconnaissance pour le consommateur, et puisque le producteur a perdu le contrôle de sa marque, il n’a plus d’identité vis à vis du consommateur et se retrouve donc pieds et poings liés face au distributeur. Il est donc facile pour le distributeur de menacer le producteur de le mettre à l’écart du jour au lendemain pour aller s’approvisionner chez un autre fabriquant qui aura accepté des conditions de vente encore plus précaires… Il est bien évident que cette logique qui tend à tirer vers le bas les prix n’est guère propice à l’émergence de produits plus responsables.

Il y aurait pourtant une solution pour rééquilibrer – un peu – cette situation. Si le législateur imposait au distributeur d’afficher l’identité effective du producteur, il serait possible alors au consommateur de se rendre compte que la MDD n’est qu’une supercherie marketing. Pourrait alors s’établir entre le consommateur, le distributeur et le producteur un dialogue à trois pour parler de qualité, de conditions sociales et environnementales de la production et de partage de la valeur ajoutée tout au long de la chaine.

Une telle mesure apporterait surtout un peu de vérité et de transparence dans ce secteur… Deux conditions, semble-t-il, indispensables pour progresser vers plus de responsabilité et de durabilité.


Bruno Rebelle

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