Facebook Twitter Flickr Dailymotion Rss
 

"Face aux crises, une solution : la conversion écologique et sociale de notre société"

Billets / Tribunes

| Par Bruno REBELLE | Dimanche 21 Avril 2013 à 20:17 | 0 commentaire

Avec l’avancée du débat les positions des différentes familles d’acteurs s’affirment. On aurait pu penser que ces acteurs rivaliseraient de créativité pour proposer les solutions les plus adaptées à la couverture des besoins maîtrisés d’une société répondant enfin avec la rigueur nécessaire à l’impératif climatique. On aurait pu penser aussi que tous avaient compris et admis que notre politique énergétique devait évoluer : nécessité de réduction des émissions de gaz à effet de serre, augmentation régulière des prix de l’énergie, précarité énergétique préoccupante d’une part trop importante de la population, vieillissement de certaines installations de production, besoin de compétitivité et de création d’emplois,… pour ne citer que les principales raisons de cette transition.
Qu’elle ne fut pas ma surprise à la lecture des premières propositions que le Groupe de contact des entreprises de l’énergie souhaite verser au débat. Au delà de l’ambition du titre : « Produire en France pour réussir la transition » ces propositions laissent pantois…
La transition serait-elle impossible pour les entreprises ?


La première faiblesse de ce texte tient à la priorité donnée à l’amélioration de la compétitivité des entreprises sans aucune considération pour les enjeux climatiques. Ce raisonnement est illogique voire irresponsable. Il feint d’ignorer que des entreprises, mêmes prospères, n’auront aucun avenir, si on laisse se dégrader les conditions écologiques planétaires…

Je ne reproche pas aux entreprises de plaider pour la compétitivité. Je pointe le fait qu’il est regrettable de ne pas considérer l’impératif climatique comme un enjeu déterminant le futur des activités humaines. Il me semble plus stratégique de placer la compétitivité, non pas avant ou après le changement climatique, mais « à l’intérieur » de cette réalité. Surtout le raisonnement du Groupe de contact des entreprises de l’énergie refuse d’explorer les pistes d’une compétitivité nouvelle qui reposerait, non sur l’aménagement à la marge du système actuel, mais sur les mutations profondes d’un modèle énergétique pour entrer enfin dans une économie plus respectueuse des enjeux écologiques de moyen et de long terme. Tout se passe comme si les représentants des entreprises refusaient de reconnaître les intelligences disponibles, les innovations en cours et les propositions construites de plusieurs experts qui démontrent qu’il est possible de créer de la richesse et de l’emploi en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

Déjà fin 2011, Christian de Perthuis, économiste reconnu, soulignait, dans le rapport Trajectoires 2020-2050 demandé par le gouvernement Fillon, l'impact positif pour l'emploi d'une réduction des émissions de CO2 de 30 % d'ici 2020, en comparaison des 20% correspondant aux engagements européens. Le quotidien La Tribune (6.11.2011) allait même jusqu’à écrire qu’il y avait là « une idée suffisamment subversive pour que sa publication ait été bloquée. » Plus récemment, les experts du CIRED sont venus rappeler que le scénario Négawatt permettrait de créer plus de 600.000 emplois d’ici 2030. Soyons certains que si les cerveaux du MEDEF, de l’UFE, de l’AFGaz et de l’UFIP s’organisaient pour penser dans ce sens – en intégrant la réduction des gaz à effet de serre comme contrainte structurante – ils proposeraient rapidement des pistes toutes plus innovantes les unes que les autres, au service de la compétitivité ET du climat.

La deuxième faiblesse des propositions des entreprises est de rien proposer d’autres que la préservation des « filières matures de production d’énergie qui surtout ne doivent pas être déstabilisées ». Le Groupe de contact des entreprises de l’énergie pousse l’ironie à argumenter cette nécessité de préserver les filières existantes au motif qu’elles « ont un rôle pivot dans la transition». C’est un peu comme si l’on proposait le changement en précisant qu’il ne faut rien changer pour justement pouvoir changer… plus tard ! Le texte précise que le parc nucléaire est un atout fondamental et que sa « prolongation durable » (SIC !) doit être recherchée… que le gaz étant une bonne énergie de complément, il convient d’évaluer le potentiel français de gaz de schiste… et qu’enfin « le pétrole restera durablement incontournable dans le transport ». Donc, on garde le nucléaire, le pétrole on rajoute du gaz de schiste, on développe (un peu) les renouvelables et voilà la proposition d’une transition immobile !

Rappelons ici que le terme même de « transition » signifie « passage d’un état à un autre ». L’état que nous voulons quitter est celui d’une politique énergétique insatisfaisante parce que sans avenir. Cette politique repose essentiellement sur le pétrole, le gaz et l’uranium, toutes matières importées au dépend de notre balance commerciale. La politique vers laquelle nous voulons aller, met en avant la réduction impérative de nos consommations énergétiques – tous domaines confondus – pour avoir quelque chance d’atteindre le Facteur 4 en 2050 (voir ma tribune précédente Débat énergie : il y a de l’électricité dans l’air !). Elle propose ensuite de couvrir nos besoins maîtrisés en développant toutes les solutions renouvelables qui par nature sont des solutions vraiment durables.

Entreprises de l'énergie: transition impossible?
Si le Groupe de contact des entreprises de l’énergie propose de concentrer la politique de maîtrise de la demande sur la rénovation du bâtiment et de continuer à encourager les progrès d’efficacité dans l’industrie et les transports, ces remarques sonnent creux quand elles passent après la priorité que ce groupe d’entreprises veut donner à la compétitivité de l’offre énergétique sans rien changer ou si peu au bouquet existant. L’audition du Président d’EDF, Henri Proglio, le 18 avril est venue rappeler l’état d’esprit avec lequel le management de cette grande entreprise aborde la transition énergétique. Questionné sur le coût de la prolongation du parc nucléaire, Monsieur Proglio n’a pas daigné imaginer que le débat national puisse proposer qu’une part des 100 à 120 milliards – ce sont ses propres chiffres – qu’il faudra investir dans les 20 prochaines années pour mettre à niveau le parc de production d’électricité, soit affectée à autre chose qu’à la prolongation des centrales nucléaires…

En fait, ces acteurs économiques se déclarent en faveur de la transition énergétique... surtout quand cette transition ne remet pas en cause le système actuel ! Il va bien falloir pourtant que nous changions la donne… La bonne nouvelle pourrait – peut-être - venir de certaines entreprises qui commencent à comprendre que cette transition vue par les uns comme une contrainte pourrait bien devenir une opportunité. Ecoutons et accompagnons donc celles-là… et laissons les dinosaures sur le bord de la route !

Bruno REBELLE

Facebook Google + Twitter LinkedIn Google Viadeo Pinterest

Billets / Tribunes

| Par Bruno REBELLE | Vendredi 12 Avril 2013 à 19:03 | 5 commentaires

L’Union française de l’électricité est en colère… et je m’en réjouis. En accusant les ONG et certains experts de faire l’apologie de la décroissance pour mieux atteindre leur objectif d’une société qui contribuerait à lutter contre le changement climatique et à réduire le risque nucléaire, le syndicat interprofessionnel de la production et de la distribution d’électricité tombe dans la caricature. Mais, comment ne pas voir dans cette réaction le fait que le débat national sur la transition énergétique touche efficacement le cœur des enjeux ? La polémique ouverte n’est qu’une nouvelle illustration du poids des certitudes martelées depuis des années par les promoteurs d’un modèle énergétique pourtant à bout de souffle. Une diatribe réductrice et bien peu cohérente avec l’esprit d’un débat constructif que nous nous efforçons d’encourager.


Débat énergie : il y a de l’électricité dans l’air !
Tout commence avec le travail des experts invités par le CNDTE - Conseil national du débat sur la transition énergétique dans lequel siège l’UFE – à analyser les scenarii existants (dont le scénario de l’UFE récemment mis à jour). Ce travail de décryptage est incontournable car les différents exercices de modélisation disponibles ne portent pas tous sur le même périmètre ou sur la même échelle de temps. Le groupe d’experts dont la pluralité a été validée par le Conseil, propose un classement de ces scenarii en trois familles en fonction des perspectives de consommation énergétique à l’horizon 2050 : consommation stable d’énergie, réduction modérée, réduction ambitieuse. Les experts poursuivent alors l’analyse en regardant comment ces familles de scenario prennent en compte les critères d’appréciation qualitative qui ont été arrêtés par consensus par le CNDTE. Un des critères, réputé essentiel, est le respect des engagements de la France en matière de changement climatique qui se traduisent par l’obligation pour notre pays de diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 – objectif facteur 4.

L’analyse des experts est explicite : seuls les scénarii proposant une réduction ambitieuse de la consommation énergétique permettent d’atteindre le facteur 4. On retrouve ici les propositions de Négawatt et de Greenpeace, assez proches l’une de l’autres, mais aussi la trajectoire dessinée par l’ADEME qui atteint également le facteur 4 avec des choix assez différents de ceux de Négawatt, notamment en matière de mobilité. L’analyse révèle aussi qu’en retravaillant certaines options du scénario CIRED de réduction modérée des consommations, il serait possible d’en infléchir le cours pour le rendre compatible avec les engagements climatiques internationaux. En revanche, l’analyse du groupe d’expert disqualifie de fait les options proposant une stabilité de la consommation ou les scénarii ne proposant qu’un effort modéré d’économie et d’efficacité.
C’est probablement de ce classement que vient la colère de l’UFE. En effet son scénario est fondé sur une demande stable d’énergie. Même si la proposition de l’UFE ne porte que sur l’électricité, elle est proche du scénario NegaTep qui intègre toutes les demandes d’énergie, et propose le déploiement de l’électricité dans des champs d’utilisation plus vaste que ceux dans lesquelles elle est aujourd’hui utilisée. Cette « électrisation » massive serait permise par un déploiement renforcé de la production électronucléaire peu émettrice de carbone autorisant au final une réduction sensible des émissions de GES, même si cette réduction reste loin d’atteindre le facteur 4.

L’UFE déploie alors une critique violente des scénarii les plus volontaristes en matière de climat et d’énergie, en les déclarant irrationnels puisqu’ils ne prendraient pas en compte les mêmes indicateurs de base que ceux retenus par l’UFE. Oui, le scénario Négawatt ne prévoit pas d’augmentation massive du PIB et assume ce choix en soulignant que cet indicateur est de plus en plus contesté et qu’il n’atteste que très partiellement des réalités sociales du pays et du bien être dans lequel vit la société. Rappelons ici que le Président Sarkozy avait lui même demandé une mission pour produire d’autres indicateurs de richesse comme alternative au PIB. On notera aussi qu’un certain nombre d’économistes – y compris ressortissants d’institutions internationales reconnues – n’hésitent plus à annoncer que nous rentrons dans une période de « croissance durablement molle »… un bel euphémisme pour ne pas dire que notre richesse globale est appelée – au moins en Europe de l’Ouest – à stagner dans les prochaines décennies. Les mêmes rappellent alors l’importance des économies d’énergie pour justement réinvestir ce que nous dépensons en pétrole, gaz et uranium dans des investissements pouvant structurer une économie et une société plus économe en énergie. Le choix de Négawatt est sur ce sujet clair, transparent et totalement assumé. On peut ne pas être d’accord, mais ces options sont aussi crédibles que celles qui prévoient une croissance régulière du PIB sur la période 2013-2050 en, ces temps d’économie sérieusement en panne.

Pour continuer dans sa tentative de déqualification du scénario Négawatt, l’UFE martèle, à juste titre, « i[qu’aucune projection de ce type [transition énergétique] ne peut être décorrélée de sa dimension économique]i ». Le syndicat des électriciens a juste oublié de prendre connaissance de l’étude récemment publiée par Négawatt pour compléter ses propositions techniques en chiffrant ses choix et en mesurant l’impact net en emplois des options retenus. Ce travail a été conduit par Philippe Quirion, chercheur reconnu du CNRS – CIRED. Il fait la preuve de l’intérêt économique et social des propositions avancées : un scénario significativement moins cher que le scénario tendanciel et qui permet de créer plus de 600.000 emplois à l’échéance 2050. On peut toujours critiquer ces résultats, mais l’analyse a été faite et les données sont la aussi à la disposition de ceux qui veulent les éplucher…

L’autre argument avancé par l’UFE dans la polémique qu’elle anime est encore plus spécieux. L’UFE reprocherait à Négawatt d’avoir conçu un scénario qui permette, en plus de la maîtrise des émissions de gaz à effet de serre, de sortir du nucléaire autour de 2030. C’est effectivement un choix affirmé par ce groupement d’experts, un choix dont la légitimité ne peut être contestée. Pourquoi donc faire un procès d’intention qui n’a pas lieu d’être ? Ni Négawatt, ni Global Chance que l’UFE s’efforce aussi d’attaquer, n’ont jamais caché leur préconisation sur ce sujet. Ce scénario ne peut donc être discrédité au seul motif qu’il démontre qu’il est possible – sur le papier au moins – de respecter le facteur 4 ET de sortir du nucléaire.

Je ne suis pas tout à fait d’accord pour dire avec l’UFE « que les choix énergétiques ne peuvent être faits qu’à partir d’un consensus sur la vision de la société future ». Je pense plutôt que vu l’importance de l’énergie dans nos vies quotidiennes et dans nos sociétés, les choix énergétiques sont une partie intégrante de la vision de la société que nous souhaitons pour demain. Cette vision est nécessairement une construction complexe qui doit prendre en compte les contraintes qui nous sont posées par les caractéristiques géophysiques de notre planète et définir les possibles à l’intérieur même de ce champs des contraintes. Cette vision d’une société future peut donc se construire en deux temps, pour ce qui concerne l’énergie. D’abords en définissant le niveau de besoin considéré comme nécessaire pour satisfaire de manière équitable les attentes des individus, des ménages, des institutions et des acteurs économiques. Ensuite en proposant la meilleure combinaison de solutions pour couvrir ces besoins, en n’oubliant pas de rappeler que chacune de ces solutions génère son lot d’avantages et d’inconvénients – nuisances, risques, coûts à court, moyen et long terme. C’est bien sur cette combinaison d’avantages et de risques que le consensus doit se construire le plus sereinement possible.


La tâche est immense mais elle n’est pas impossible. Elle impose cependant de travailler avec méthode, sans exclusive et sans condamnation a priori de telle ou telle option. Faisons le pari que la société saura dire, dès l’instant où elle aura (enfin) toutes les informations en main, ce qui est bon pour elle et qui l’a met en danger.

Bruno REBELLE

Facebook Google + Twitter LinkedIn Google Viadeo Pinterest

Billets / Tribunes

| Par Bruno REBELLE | Lundi 8 Avril 2013 à 08:48 | 0 commentaire

Le débat sur la transition énergétique est une occasion unique de repenser les fondements de notre politique énergétique. Il est aussi une opportunité pour que chacun comprenne que les politiques publiques sont des choses trop importantes pour en laisser la responsabilité aux politiques ! La paraphrase peut paraître aisée, elle n’en n’est pas moins pertinente. Tout le monde s’accorde sur la nécessité de faire évoluer notre rapport à l’énergie, mais les décideurs considèrent encore trop souvent que cette question n’est pas du ressort des citoyens. Le sujet serait trop compliqué pour eux ! Nous considérons à l’inverse qu’il est indispensable que tous les acteurs de la société se saisissent de ces enjeux et contribuent, chacun à leur niveau, à la définition et à la mise en œuvre d’une nouvelle politique énergétique qui permettra de répondre aux questions auxquelles nous sommes confrontés.


Transition énergétique : L’incontournable participation de  la société civile
L’impératif climatique s’est progressivement imposé comme une contrainte incontournable : nous devons diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre avant 2050. Il en va de la pérennité de l’humanité. Les transformations qui seront nécessaires pour atteindre cet objectif sont telles que nous ne pourrons réussir que dans un vaste mouvement d’engagement collectif. Dans le même temps, les ressources énergétiques les plus couramment utilisées – pétrole et gaz - que l’on pensait abondantes et peu chères, s’épuisent et leur prix s’envole tirant la facture énergétique des entreprises et des ménages vers le haut. Cette incidence directe sur notre pouvoir d’achat et la compétitivité de nos entreprises – donc de nos emplois – est une motivation supplémentaire pour que chacun contribue à repenser l’avenir de notre société et le rapport à l’énergie autour duquel elle se construira.

La politique énergétique impulsée après la 2ème guerre mondiale, sans aucune concertation des acteurs de la société, montre aujourd’hui ses limites. La priorité donnée à la production électronucléaire nécessitait, du fait des capitaux mobilisés et par la nature même de la technologie choisie, un appareil de production strictement contrôlé par une autorité centrale, tenant les citoyens à distance. Elle a conduit à favoriser la consommation d’électricité produite en abondance pour des usages inappropriés, comme le chauffage domestique. Cette quasi-exclusivité donnée à l’atome a également stérilisé les hypothèses de diversification de l’offre énergétique, en même temps qu’elle a découragé les efforts pour réduire la consommation d’énergie dans le bâti ou les transports. Enfin, et c’est probablement le problème le plus aigüe que nous aurons à traiter dans les prochaines années, nos centrales ayant été mises en service sur une période courte – une vingtaine d’année –, elles arrivent au terme de leur durée de vie initialement programmée dans un espace temps également limité, imposant de fait un « mur d’investissement » pour leur remplacement – quelles que soient les options retenues pour ce remplacement. L’investissement pour la prolongation de leur durée d’exploitation de 10 – peut-être 20 ans-, est moins important mais il ne fait que retarder l’échéance du remplacement. On comprend aisément que dans le contexte actuel de crise économique il nous sera difficile d’affronter ce mur d’investissement. On comprend surtout qu’il sera nécessaire de construire un large consensus dans la société pour définir les options sur lesquelles nous devrons investir nos ressources collectives.

La 1ère des orientations à privilégier pour traiter l’équation énergétique consiste à réduire fortement nos besoins en énergie. En effet, il sera plus facile de restructurer la couverture de besoins diminués de 20, 30 voire 50%. Notons au passage qu’en réduisant la consommation énergétique nationale de 30% nous réduirons d’autant nos importations, améliorant ainsi de quelques 20 milliards d’Euros la balance commerciale : un choc de compétitivité à la Gallois chaque année ! Et surtout des ressources additionnelles pour financer la transition ! L’enjeu n’est pas mince.
Nous savons aujourd’hui que les principaux gisements d’économie d’énergie se situent dans le bâtiment et les transports. Mais nous savons aussi que pour aller au delà de 20% d’économie d’énergie en 2030, pour atteindre le facteur 4 en 2050, nous devrons repenser fondamentalement nos modes de vie, notre mobilité, notre consommation de biens et de services. Les besoins en énergie d’une société donnant la priorité à la sobriété et à l’efficacité, doivent être pensés, non pas en quantité d’énergie à consommer, mais en qualité de services énergétiques nécessaires au mode de vie que nous souhaitons pour nos enfants et nos petits enfants dans une société durablement réconciliée avec son environnement. Nous touchons ici la première raison d’associer tous les acteurs de la société civile à l’élaboration d’une politique ambitieuse d’économie d’énergie. Ce sont les citoyens et les associations dans lesquelles ils se regroupent qui pourront dessiner les contours de ces nouveaux modes de vies. C’est dans le dialogue et la concertation que nous verrons émerger les arbitrages entre ce qui relèvera de l’incitation et ce qui devra être imposé par la contrainte. L’exemple, très concret, de la limitation de l’usage de la voiture particulière dans les centres de ville par l’instauration d’un péage urbain, n’est que la préfiguration de ces arbitrages collectifs que nous devrons construire avec un maximum de sérénité.
Le débat national sur la transition énergétique, dont les délais sont trop courts, ne permettra pas d’aborder tous les arbitrages nécessaires ou souhaitables. Pour autant, on peut penser que la société civile puisse, à cette occasion, se mettre en mouvement pour porter au débat, maintenant et plus tard, les sujets qui devront faire l’objet de ces arbitrages… les citoyens décidant ensemble du futur qu’ils souhaitent, plutôt que se voir imposer des décisions autoritaires traduisant la nécessité d’économies collectives.

La modification du bouquet énergétique est le 2ème grand levier de la transition énergétique : réduction des combustibles fossiles et du nucléaire, et développement massif des énergies renouvelables. Ce développement devra se faire en 3D : diversification, déconcentration et décentralisation.
Diversification, car il nous faudra mobiliser toutes les solutions possibles sans exclusive pour répondre aux trois grands domaines d’usages ou de services énergétique dont nous avons besoin : chaleur (domestique et industrielles), mobilité et électricité spécifique. On ne peut réduire, comme cela est trop souvent le cas, l’avenir de la politique énergétique à une alternative entre éolien et nucléaire… La résilience de notre politique énergétique dépendra de la multiplicité des options mobilisées pour éviter de n’être dépendant d’aucune en particulier. Il nous faut donc penser solaire thermique et photovoltaïque, géothermie profonde, récupération de la chaleur des réseaux d’eaux usées, éolien terrestre et off shore, biomasse, énergies marines, micro-éoliennes intégrées au bâti, micro-hydraulique…
Déconcentration parce que nous devrons enfin admettre que la production d’énergie (notamment d’électricité) à partir de sources multiples de potentiel unitaire réduit, est aussi intéressante que la production permise par de grosses unités en nombre limité. Si en terme purement mathématique 100 fois 10 égale 10 fois 100, un système énergétique dépendant de 100 sources de diverses natures sera probablement plus solide, plus résistant, plus résilient.
Décentralisation enfin, comme conséquence logique de la diversification et de la déconcentration, parce que, par nature la production d’énergie renouvelable se fait nécessairement là où les ressources sont effectivement exploitables.

L’acceptation de l’évolution d’un nouveau bouquet énergétique faisant une place accrue à ces énergies renouvelables en 3D nécessite aussi une forte mobilisation de la société civile. L’hypercentralisation du système énergétique que nous connaissions jusqu’à maintenant permettait d’imposer les décisions formulées en haut lieu d’autant plus facilement que le nombre d’unité de production d’énergie était limité - concentration oblige – et que les oppositions potentielles étaient alors facilement circonscrites. La déconcentration et la décentralisation des unités de production supposent une multiplication des lieux de production d’énergie et une diversification des nuisances possibles. Par conséquent, la mobilisation des citoyens est indispensable pour construire l’acceptabilité locale des solutions proposées. Cette concertation permet d’anticiper la contestation, souvent motivée par le rejet de désagréments localisés qui tend à ignorer l’intérêt général des installations contestées. Le foisonnement des oppositions aux différents projets de parcs éoliens illustre bien cette logique du NIMBY : Not in my backyard ! (Pas dans mon jardin !).
Pourtant, constatant qu’aucune production d’énergie ne vient sans son lot d’avantages et d’inconvénients, il faudra bien que nous apprenions collectivement à arbitrer – là encore – entre les différents inconvénients générés pour la production d’énergie dont nous déclarons avoir besoin. Dans ce domaine le rôle des associations de protection de l’environnement est essentiel. D’une part, ce sont elles qui permettent de considérer avec attention les diverses nuisances qu’il faut apprendre à gérer. D’autre part, ce sont aussi elles qui doivent nous aider à choisir entre différentes combinaisons d’avantages et d’inconvénients, en proposant si cela est nécessaire une nouvelle hiérarchisation des impératifs de protection de l’environnement. Les possibles concessions pour assouplir certaines règles logiquement contraignantes de loi littorale, dans le seul but de permettre l’implantation d’éoliennes à proximité du trait de côte, justement là où ces machines seront très efficaces, illustre bien les nouvelles priorités à établir pour mieux servir l’intérêt général.

En observant ses deux principaux leviers – réduction des consommations et développement des renouvelables - on comprend aisément que les collectivités locales ont un rôle prépondérant dans la conception et la mise en œuvre de la transition énergétique. D’une part, elles constituent l’espace de proximité entre les acteurs – citoyens, entreprises, associations – qui permettra d’encourager les efforts de sobriété et d’efficacité et de dessiner les mutations des modes de vie nécessaire à l’ampleur des réductions de consommations d’énergie que nous devons atteindre. D’autre part, c’est aussi à échelle « locale » que se construiront les arbitrages en faveur de telle ou telle solution d’énergie renouvelable, en conduisant les acteurs à accepter certaines nuisances en contre partie des bénéfices collectifs des choix retenus.
Les Plans Climat Energie Territoriaux ont bien montré la possibilité de construire démocratiquement des stratégies d’action permettant de couvrir les besoins en énergie d’un territoire en respectant les enjeux environnementaux essentiels, du local au global et en prenant en compte les enjeux sociaux. Ces processus de concertation ont surtout fait la preuve que le caractère collaboratif de la construction de ces nouvelles politiques énergétiques est la condition incontournable de leur succès à terme. Car demain, ce seront bien les entreprises, les coopératives agricoles, les associations de quartier, les groupes de consommateurs, les citoyennes et les citoyens qui mettront en œuvre, en pratique, les ressorts de cette transition.

Voilà pourquoi le débat national engagé par le gouvernement doit aussi être un moment de pédagogie collective. Les enjeux énergétiques sont certes complexes, mais ils concernent tout le monde. L’énergie est au cœur de nos vies. Nous sommes tous interpellés par notre facture d’énergie. Nous sommes tous sensibles aux impacts sociaux et environnementaux des choix technologiques opérés. Nous sommes donc tous engagés par les arbitrages collectifs nécessaires pour satisfaire nos besoins en énergie dans une société qui devra faire la paix avec son environnement.

Bruno REBELLE

Facebook Google + Twitter LinkedIn Google Viadeo Pinterest




Le Blog de Bruno Rebelle © 2010